RENTREE 2012 / 2013
Une nouvelle saison commence. Une saison importante comme toutes les saisons passées, mais sans doute un peu plus importante car une grande échéance nous attend au mois d'août prochain : la IV° Coupe du Monde de Karaté et de Kobudo de notre école qui aura lieu à Yomitan, Okinawa. Les événements survenus au Japon au printemps 2011 nous avaient amenés à différer cette manifestation et à la repousser à 2013. Nous avons mis à profit ce délai pour en peaufiner l'organisation en nous rendant sur place l'été dernier. Cette visite, riche en prise de contacts, sera profitable à tous les participants : organisateurs, compétiteurs, stagiaires et … même aux touristes accompagnant les délégations. Un sondage effectué lors du stage de Thonon laisse espérer une participation de 250 Français, tous voyageurs confondus. Chacun de nous doit s'impliquer afin que cette manifestation soit une réussite exemplaire, tant pour notre école que pour Senseï Chinen.
Au cours du stage du mois d'août, à Thonon les Bains, Senseï Chinen nous a conseillé une piste de travail pour l'avenir. Les Arts Martiaux Traditionnels sont sous-tendus par la maxime « Shin, Gi, Taï ». « Shin » désigne l'esprit, l'âme, le sentiment ; « Gi » le bagage technique à acquérir et « Taï » le corps et ses capacités physiques. Cet adage n'est pas sans rappeler ce que disait François Rabelais au XVI° siècle : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme », les Japonais y ajoutant l'importance d'une bonne santé physique. Senseï Chinen nous propose d'en changer l'ordre d'application et de penser « Shin, Taï, Gi », c'est à dire de faire passer le l'importance de la forme physique avant le bagage technique.
Il faut en effet tenir compte de l'évolution de notre mode de vie. Par le passé, les gens avaient un mode de vie actif : les métiers sédentaires étaient rares, les déplacements se faisaient généralement à pieds donc le corps était quotidiennement sollicité. Il n'y avait pas de raison de faire un entretien physique intensif, seul le maintien en bonne santé, sans maladie, importait. De nos jours, la vie sédentaire a pris le dessus. On ne marche presque plus, préférant la voiture ou les transports en commun pour se déplacer même sur de petits trajets ; on esquive la montée des marches grâce aux ascenseurs … les exemples de « fainéantisation » ne manquent pas. Il faut, par conséquent, mettre « double dose » sur la condition physique et nous forcer à avoir des activités physiques en complément et en dehors de la pratique au dojo. La pratique du Karaté et du Kobudo nécessite une bonne condition physique pour profiter des acquis techniques des cours. Mais, à mon sens, ce conseil de Senseï Chinen nous dirige aussi vers un retour aux bases des Arts Martiaux. En tant qu'humains du XXI° siècle, nous avons pris l'habitude de la rapidité en toutes circonstances : déplacements, communication, vie, repas … Cette habitude de satisfaction immédiate se ressent dans notre pratique du Karaté et du Kobudo. Nous avons une sorte de « boulimie technique » : plus de Kata, plus de Bunkaï, plus de techniques, encore et toujours plus, mais sans avoir correctement assimilé ce que nous avons appris. Senseï Chinen aime répéter qu'on ne bâtit pas d'édifice solide sans fondations solides. Le travail des bases et le retour incessant vers ce travail doit être le fil directeur de notre pratique : privilégier la qualité à la quantité, être sûr (ou presque) d'avoir correctement assimilé un travail avant de passer au suivant, ne pas se décourager en ayant l'impression de rabâcher car la répétition est, dit-on, la base de la pédagogie donc des apprentissages. La véritable pratique des Arts Martiaux Traditionnels d'Okinawa ne peut se satisfaire d'à peu près. Il faut sans cesse revenir sur ses acquis pour les améliorer, les perfectionner et les consolider.
Vallauris, le 28 août 2012
Michel Ancillotti
Président d'Oshukaï France |